Vous (pronom personnel des deux genres, dit de la seconde personne du pluriel, pronom pers. plur. de la seconde personne)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

pronom personnel des deux genres, dit de la seconde personne du pluriel 

Il sert à désigner Ceux, celles à qui l'on parle où à qui l'on écrit. Il s'emploie comme sujet, comme attribut et comme complément avec ou sans préposition.
VOUS, sujet, se place avant le verbe, sauf dans les propositions interrogatives où il le suit. "Messieurs, êtes les bienvenus ici. Où allez- ?"
VOUS peut être attribut. "C'est ."
VOUS, complément direct ou complément indirect sans préposition, se place avant le verbe, sauf dans les phrases impératives sans négation où il se place après. "Il aime. D'où vient cette crainte? Ménagez-vous. Dites- bien cela."
VOUS, complément précédé d'une préposition, se place toujours après le verbe, l'adjectif ou l'adverbe auquel il se rapporte. "Nous parlions de . Il est très satisfait de . Je ne sais rien relativement à ."
VOUS se répète lorsqu'on veut insister sur la personne, donner plus d'énergie à la phrase. "Vous, êtes bon. On a fait cela, à !"
Il se place par répétition après plusieurs pronoms sujets du verbe dont aucun n'est à la première personne et dont l'un est à la seconde. "Toi et lui, êtes mes meilleurs amis. Vous et lui, m'avez rendu un service signalé."
Fam., "Vous autres," Vous, de votre côté; Vous, tant que êtes de personnes du même rang, du même avis, etc. "Nous allons rester ici, autres rentrerez chez . Il faut, à autres, un plus grand train."
"Vous-même." Voyez MÊME.
VOUS est quelquefois simplement explétif et alors il est presque toujours familier. "Dans sa colère Il prit un bâton. En moins de rien, ils fabriquent des systèmes."
VOUS s'emploie, par politesse ou par déférence, comme pronom de la seconde personne du singulier, au lieu de "Tu, te, toi;" ce qui s'y rapporte se met alors au singulier. "Vous êtes bien bon. Je ai aperçu de loin. Je m'adresse à , monsieur, pour cette affaire."



Dictionnaire d'Emile Littré

pronom pers. plur. de la seconde personne 



 1   Il se dit quand on adresse la parole à plusieurs personnes.
FÉN.: « Messieurs, je adjure.... Vous et celui qui mène, périrez »

 2   On s'en sert aussi au singulier par civilité, et alors ce qui s'y rapporte se met au singulier. Ils se disent l'un à l'autre.
SÉV.: « Qu'elle me parle de , et quoi encore ? de , et toujours de »
RAC.: « Agrippine : Britannicus est mort : je reconnais les coups ; Je connais l'assassin. - Néron : Et qui, madame ? - Agrippine : Vous »
VOLT.: « Ce ne fut que longtemps après lui [César] que les hommes s'avisèrent de se faire appeler au lieu de tu, comme s'ils étaient doubles »
VOLT.: « Vous, le frère de la belle Cunégonde ! qui fûtes tué par les Bulgares ! , le fils de M. le baron ! , jésuite au Paraguay ! il faut avouer que le monde est une étrange chose »
J. J. ROUSS.: « Je dois des remerciements à tout le monde et, , monsieur, à qui j'en dois le plus, êtes celui à qui j'en fais le moins »
DIDER.: « Et êtes un père de famille, ? »

 3   Vous, régime direct ou indirect, se place avant le verbe dont il est le complément. Il aime. Il fait du bien.
    Cependant, quand il est régime indirect, on peut, pour marquer plus de force, le mettre après le verbe avec à.
STAËL: « Je ne sais s'ils me blâment de aimer ; mais sûrement ils ne me blâmeront pas d'être dévouée à , quand je aime »
    À l'impératif, régime se place après le verbe. Soignez-vous. Mais, quand il y a deux verbes de suite à l'impératif, si le second est réfléchi, on peut mettre avant le verbe.
MOL.: « Aspirez aux clartés qui sont dans la famille, Et rendez sensible aux charmantes douceurs.... »
    Dans les interrogations, , sujet, se met après le verbe, et , régime, se met avant.
BOILEAU: « Que faites- ? D'où venez- ? De quoi êtes- avisé de charger les enfers d'une si dangereuse créature ? »

 4   Après votre, à se met quelquefois pour indiquer d'une façon expressive la possession.
STAËL: « Votre régiment à , continua M. de Germond, ne sera pas mis en activité de sitôt »

 5   Vous devant le verbe être exprime quelquefois des liens de parenté ou d'amitié.
MAINTENON: « J'ai bien des raisons, monseigneur, pour bien vivre avec eux ; mais ce qu'ils sont en serait une suffisante pour moi »

 6   Dans un sens indéfini. Elle est si belle que ne sauriez empêcher de l'admirer.
MOL.: « Ah ! que pour ses enfants un père a de faiblesse ! Peut-on rien refuser à leurs mots de tendresse ? Et ne se sent-on pas certains mouvements doux, Quand on vient à songer que cela sort de ? »
MARIV.: « C'était un homme âgé, mais grand, d'une belle figure et de bonne mine, d'une physionomie qui rassurait en la voyant, qui calmait, qui remplissait de confiance »

 7   Vous explétif.
LA FONT.: « Plein d'un juste courroux, Il prend sa cognée, il tranche la bête »
LA FONT.: « Le rustre, en paix chez soi, Vous fait argent de tout, convertit en monnaie Ses chapons, sa poulaille,.... »
RAC.: « Il eût arrêté le carrosse d'un prince ; Il l'eût pris lui-même »
LAMOTTE: « Le chameau se rengorge, il fait le gros dos »
VOLT.: « Ils créent un monde aussi aisément que l'abbé de l'Attaignant fait une chanson »
VOLT.: « C'est un petit cheval qui, au moindre coup d'éperon, court au grand galop »
    Vous est aussi explétif dans cette phrase de Mme de Sévigné :
SÉV.: « Je embrasse, très chère petite, et baise vos belles joues »

 8   Uni avec même, il marque plus expressément la personne. Vous-mêmes, ou, quand il s'agit d'une seule personne, -même.
BOILEAU: « Vous en allez juger -même tout à l'heure »
    Vous êtes, n'êtes pas -même, restez, ne restez pas fidèle à votre caractère.
RAC.: « Je ne connais plus ; n'êtes plus -même »
GILB.: « Mes mânes sont contents ; soyez toujours -mêmes, De vos rois, de l'État, défenseurs glorieux »
    Vous deux, se dit de deux personnes à qui l'on parle.
P. L. COUR.: « Ce n'est pas [Boissonade] qui succédez à M. Ameilhon, ni Coraï non plus ? il y a en France quelqu'un plus habile que deux ? »
    Un autre -même, voy. MÊME, n° 12.

 9   De à moi, entre nous et sans que ce que je dis aille plus loin.
    De à moi, signifie aussi entre nous deux, qui nous connaissons.
V. HUGO: « Hernani : Quoi ! portiez la main sur cette jeune fille ! C'était d'un imprudent, seigneur roi de Castille, Et d'un lâche ! - Don Carlos : Seigneur bandit, de à moi Pas de reproche ! »

 10   Chez , votre maison, votre famille. Je prie de faire mes compliments chez .

 11   Pour l'emploi de comme pronom réfléchi, voy. SE, REM. 3, 4, 5, 7, 8, 9 et 10.

REMARQUE
    1. Quand est joint à un sujet de 3e personne, le verbe se met à la seconde personne du pluriel, et on répète ; cependant on peut aussi le supprimer. Vous et lui, partirez ensemble ; et lui, partirez ensemble.
    2. Quand il y a plusieurs verbes, les qui suivent le premier peuvent être supprimés.
DELILLE: « Ainsi votre forêt prend un aspect moins rude ; Vous charmez son effroi, peuplez sa solitude, Animez son silence, et goûtez à la fois Les charmes d'un bienfait et le charme des bois »
    3. C'est vers la fin de l'empire romain qu'on a commencé à dire au lieu de tu. De là cette forme de langage est devenue générale.
VIRG.: « Au reste il y avait déjà tendance chez les Latins à dire vos à une seule personne, quand avec cette personne on pouvait joindre par la pensée celles qui l'accompagnaient : Vos, o Calliope, precor, adspirate canenti »

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. III: E dist al rei : or ne vus esmaiez
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Seigneur, fait il, escoutés, je loeroie [conseillerais] une chose, se vos i accordez »
     Berte, IV: Si qu'à Dieu et au siecle la bonté de pere [paraisse]
    XVème siècle
FROISS.: « Ces gens d'armes commencerent à abatre ces Flamands »
MONSTREL.: « Lettres du roy seellées de son grant seel, données ce dict jour, 7e jour de juillet, ainsi signées : Jean Millet, soubs la congregation de ceux qui avoient esté audit conseil, c'est à sçavoir le duc de Bourgogne, le connestable de France, le chancelier d'Acquitaine, le chancellier de Bourgongne et plusieurs autres [en ces lettres, le chancelier signifie le chancelier] »
    XVIème siècle
DESPORTES: « Et à rien que ne se doit egaler »
RAB.: « Si j'avois la force de mesme le couraige, je les plumeroys comme ung canart »
MAROT: « Elle avoit un corset.... »
MAROT: « Donc puis qu'amour m'a voulu arrester Pour servir, plaise me traiter, Comme voudriez -mesme estre traitée, Si estiez par amour arrestée »
SAINT-GELAIS: « Vous me povez faire heureux devenir, En daignant souvenir »
DU BELL.: « Quant au trespas, sça' [savez-vous] quand ce sera ? »
DU BELL.: « Quelle raison av'ous [avez-vous], quant à ce poinct, De commander qu'on ne ayme point ? »
LANOUE: « Pourquoy foulez- mon peuple, et froissez la face des pauvres ? »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon et bourg. vo ; picard, vos ; prov. esp. et port. vos ; ital. voi : du lat. vos ;du grec deux ; sanscr. vas.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE VOUS. - REM. Ajoutez :
    4. Avec un verbe à l'impératif, ne se met pas. Cependant Régnier a écrit : Il me dit : soyez, monsieur, le bien venu ! Sat. X. Cela n'est plus usité.


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française



pluriel de "Tu." On s'en sert aussi au singulier par une civilité d'usage. "Vous êtes le maître." Voyez TU.



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Pronom personnel, pluriel de "Tu".
On s'en sert aussi au singulier par une civilité d'usage. "Vous êtes le maître".



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


pluriel de la 2de persone. Il sert aussi pour le singulier; avec cette diférence, que l'adjectif ou le participe suit le nombre des persones à qui l'on parle. On dit à un seul: " êtes bien" bon; et à plusieurs: "vous" êtes bien "bons".
- "Vous", de "vous", ", "vous", "de ". = Le génitif ne se dit que quand "vous" est au plur. et avec "aûtres": c' est l'erreur "de aûtres" Gens de Letres de croire que, etc. Hors de là, on dit, "votre" et "vos", et non pas "de ":
- 2°. Le datif " se dit quelquefois, et c'est quand il précède le verbe; et alors il peut être répété après le verbe. 'C'est " que je m'adresse dabord, " qui etc. '"À~ " le bouquet, " à faire. Ordinairement on se sert de "vous:" je " le" done, et non pas, je "le " done.
- Quelquefois on met "vous" et " dans la même phrâse. 'Je "vous" le dis " en particulier: on "vous" donera " et à vos compagnons l'argent, etc. Voy. NOUS. Le pronom personel "vous" n'en difère que parce qu'il a un vocatif: !" Voy. Aussi TOI.
- 3°. Pour les titres de grandeur, come "votre Majesté", "votre Altesse", "votre Éminence", etc. lorsqu'on écrit une Lettre, qui n'est pas longue, on dit toujours "votre Majesté", ou "Elle", jamais "vous;" et "Elle" doit être plus souvent répété que "votre Majesté". Que si c'est une longue lettre ou un discours de longue haleine, on peut dire tantôt "Vous", tantôt "votre Majesté", mais plus souvent celui-ci. Il y a même des endroits où il faut absolument dire "vous", comme: "vous" êtes, Sire, non seulement le plus grand des Rois, mais le plus grand des Hommes. On dira bien: "votre Majesté" est "éclairée;" mais on ne dira point: "votre Majesté" est "le plus éclairé", ou, "la plus éclairée" de tous les Rois. Il faut alors se servir de "vous", et dire, "vous" êtes, Sire, etc.
- Pour ce qui est des aûtres titres de grandeur, moindres que la royale, il ne faut faire aucune dificulté de méler l'un avec l' aûtre. "Vaug. Corn." L. T.
- 4°. On dit, en st. famil. "De à moi;" entre nous et sans que cela âille plus loin.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)



Pronom personel pluriel, de la seconde personne. "C'est , Messieurs, qui .... autres qui dites que" ....
Il se dit aussi, en parlant à une seule personne. "Vous ne devriez pas, mon cher ami. je pense à , Monsieur".
Dans l'un & dans l'autre il se met aprés le verbe, quand il y a un interrogant. "Que dites- Messieurs? que voulez-vous. Monsieur?"




Emplacement dans le dictionnaire :

votre serviteur
voucher
voué
vouède
vouer
vouge
voulant
vouloir
voulu

vouté
voute
voûté
voûte
voûter
vouter
voyage
voyager
voyageur
voyance
voyant




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...mer que je ne connais pas, tu vas m'envelopper dans ta brume légère ; sur ton sable mouillé je marquerai mes pas, et j'oublierai soudain et la ville et la terre. ô mer, ô tristes flots, saurez-vous, dans vos bruits, qui viendront expirer sur les sables sauvages, bercer jusqu'à la mort mon coeur, et ses ennuis qui ne se plaisent plus qu'aux beautés des naufrages ? 1er LIVRE (III) Eh quoi !...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...indiscret, car le seul juste point est un jeu de balance, qu'enfin dans mon esprit je conserve un secret qui remplirait d'effroi l'humaine nonchalance. 1er LIVRE (VII) ô mon esprit en feu, que vous me décevez ! Comment de pauvres yeux sauraient-ils vous atteindre ? J'ai vu ces sables blancs et ces rochers crevés, retraite désirée : ils ne sont point à peindre. Mais qu'il se trouve ailleurs un...


Citation n°3 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...qu'enfin dans mon esprit je conserve un secret qui remplirait d'effroi l'humaine nonchalance. 1er LIVRE (VII) ô mon esprit en feu, que vous me décevez ! Comment de pauvres yeux sauraient-ils vous atteindre ? J'ai vu ces sables blancs et ces rochers crevés, retraite désirée : ils ne sont point à peindre. Mais qu'il se trouve ailleurs un ciel aérien où des caps sourcilleux lèvent un front...


Citation n°4 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...blancs et ces rochers crevés, retraite désirée : ils ne sont point à peindre. Mais qu'il se trouve ailleurs un ciel aérien où des caps sourcilleux lèvent un front superbe, quoi ! Mon esprit, pour vous le plus rare n'est rien : c'est la même beauté que vous mangez en herbe. 1er LIVRE (VIII) Les roses que j'aimais s'effeuillent chaque jour ; toute saison n'est pas aux blondes pousses neuves ; le...


Citation n°5 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...ne sont point à peindre. Mais qu'il se trouve ailleurs un ciel aérien où des caps sourcilleux lèvent un front superbe, quoi ! Mon esprit, pour vous le plus rare n'est rien : c'est la même beauté que vous mangez en herbe. 1er LIVRE (VIII) Les roses que j'aimais s'effeuillent chaque jour ; toute saison n'est pas aux blondes pousses neuves ; le zéphyr a soufflé trop longtemps ; c'est le tour du cruel...


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